Archives mensuelles : février 2014

Le handicap à la Une

Depuis quelques semaines, les reportages se succèdent sur les chaines de « grande audience », à propos du handicap, toutes formes d’approches confondues.

Nous pourrions nous en féliciter, y voir enfin le signe d’une reconnaissance sociale d’un sujet trop souvent ignoré, évité, trop déprimant, triste ou angoissant… pas du tout tendance…!

Mais voilà, l’ambivalence demeure, se réjouir de ce traitement médiatique ou s’en inquiéter, traduction d’une société se délectant d’émotions, se protégeant ainsi d’une véritable réflexion de fond, prioritairement éthique et nécessairement documentée.

Ce monde va trop vite pour des sujets si profonds et ces questions semblent ainsi devoir demeurer cantonnés dans des registres sensibles et strictement émotionnels, signe d’asthénie collective et sociologique définitivement  reléguée au sein « d’élites » tellement familières de cet « entre-nous », traduction de leur impuissance à peser sur les débats publics et à imposer ces débats au delà des cercles convenus.

Alors rien d’étonnant à ce que se succèdent sur nos antennes des reportages alternant le meilleur (grands formats du 20 h de France 2) sur l’accueil des enfants en situation de handicap grave au sein d’une collectivité et un reportage sur la maltraitance « institutionnalisée » dans un (des) établissements dédiés à ces mêmes personnes.

« Sensationnalisme bi polaire » ou témoignage vérité d’une maman médiatique, jolie, perdue dans un méandre administratif qui la conduit dans le Var sur les conseils éclairés de son compère cathodique…que peut-on finalement retenir?

Incompétence de l’administration, inconséquence des professionnels, initiatives éparses qui « font envie » et ne font que renforcer le sentiment d’isolement voire de persécution de tous les exclus…finalement rien n’est dit du réel.

Un réel qui est essentiellement fait de tout ce qui n’est pas montré, sans doute trop banal, quotidien, pas assez sensationnel…

Les établissements sociaux et médico sociaux travaillent bien, avec leurs moyens, sans doute insuffisants eu égard à ce qui pourrait être entrepris, de plus, de mieux.

Chacun doit savoir que seuls 2 à 3% de ces structures sont maltraitantes.

La même proportion s’applique aux innovations.

C’est insupportable, certes, mais attention à ne pas stigmatiser l’ensemble d’un secteur et des corporations qui pour leur immense majorité font de leur mieux, dans les limites de ce que l’homme peut produire face à la vulnérabilité.

Les médias nous sont nécessaires, la question demeure de savoir en quoi cette inflation de « témoignages de l’extrême » servent ou déservent l’image, la représentation collective de ces situations de vulnérabilité.

Vous avez dit ambivalence… ?

Philippe GAUDON