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L’autisme dans tous ses états

Voilà plusieurs années que la passion gagne, relative à l’accompagnement et aux soins apportés aux personnes autistes, atteintes de TED ou des plus récents TSA (Troubles du Spectre Autistique), au point qu’on ne sache même plus comment réellement les désigner…

Large spectre en effet…traduction de formes cliniques, d’expressions extrêmement variables au point qu’en dépit des querelles il serait utile, au préalable, de s’entendre sur la question : « De qui parle t-on ? ».

La violence des échanges entre les tenants des deux « pôles ennemis » généralement qualifiés de « Psychanalytiques » et de « comportementalistes » n’a d’équivalent que l’outrance des modèles et autres formes de supposées prises en charges défendues de part et d’autre.

Les uns ont beau jeu feu de faire valoir la culpabilisation dont les parents ont longtemps été victimes, les intrusions, obligations et ruptures de soins, vécues comme autant de violences ajoutées à celle déjà terrible de la révélation du handicap.

Les autres, sûrs de leurs croyances, verront dans l’émergence de ces méthodes éducatives comportementalistes une forme de « cache misère » qui ne règle rien  sinon à satisfaire des désirs pseudo réparateurs qui n’éclairent pas, voire font obstruction, au fond des questions posées…

Non satisfaits des seules joutes verbales et écrites, c’est à l’assaut des lobbys, agences nationales et même tribunaux que nos protagonistes se sont désormais lancés, réduisant au silence les quelques spécialistes emprunts de raison qui eux n’ont plus voix au chapitre…

On sera là troublé par ce qui s’apparente à un véritable « Reflet systémique » au sens de la reproduction dans l’environnement des attributs de la personne autiste elle même : Évitement de la relation – Barrières à la communication – Accès de violence…

L’histoire pourrait ainsi durer, se répéter, chaque « partie » tentant de rallier à son sillage, parfois malheureusement avec succès, tous les alliés ou forces de pression possibles, les ministères, médias, sociétés savantes, « ambassadeurs vedettes »…surenchère !

Une observation pragmatique s’impose toutefois…

Loin de cette bipolarité caricaturale, entre la « pure » cure psychanalytique et le comportementalisme animalier, des pratiques se sont développées, inspirées par d’authentiques « humanistes », patiemment, raisonnablement, dont on semble vouloir ignorer les vertus sinon l’existence même.

Ces pratiques s’appellent : accompagnement éducatif, aides à la communication, balnéothérapie, méthodes TEACCH ; MAKATON ; SNOEZELEN… autant d’approches attentives, patientes et respectueuses de la personne autiste.

Elles sont mises en oeuvre, dans la discrétion des établissements et services médico sociaux, de quelque hôpitaux de jour, par des professionnels qualifiés,  qui se forment et partagent leurs expériences, soutiennent les familles, partagent réussites et doutes…

Mais sans doute ces approches et ces structures ne sont-elles pas suffisamment médiatiques, faussement magiques, pour emporter l’attention et la raison, échapper à ce déferlement catharcique de passion.

Alors, à l’instar de ce que le secteur a déjà connu des « marchands de rêves » dans le domaine de la neuro motricité (méthode DOMAN…), le mercantilisme finira par refluer, les familles feront leur chemin, toujours douloureux et nécessairement long, et puis d’autres causes émergeront, elles aussi lourdes de doutes et d’émotions…

Tentons toutefois de voir dans ce contexte actuel le signe d’une menace, l’éternelle recherche du bouc émissaire, face à ce qui est incompréhensible, douloureux et vécu comme injuste…

 

Philippe GAUDON

 

 

 

 

 

 

Le handicap à la Une

Depuis quelques semaines, les reportages se succèdent sur les chaines de « grande audience », à propos du handicap, toutes formes d’approches confondues.

Nous pourrions nous en féliciter, y voir enfin le signe d’une reconnaissance sociale d’un sujet trop souvent ignoré, évité, trop déprimant, triste ou angoissant… pas du tout tendance…!

Mais voilà, l’ambivalence demeure, se réjouir de ce traitement médiatique ou s’en inquiéter, traduction d’une société se délectant d’émotions, se protégeant ainsi d’une véritable réflexion de fond, prioritairement éthique et nécessairement documentée.

Ce monde va trop vite pour des sujets si profonds et ces questions semblent ainsi devoir demeurer cantonnés dans des registres sensibles et strictement émotionnels, signe d’asthénie collective et sociologique définitivement  reléguée au sein « d’élites » tellement familières de cet « entre-nous », traduction de leur impuissance à peser sur les débats publics et à imposer ces débats au delà des cercles convenus.

Alors rien d’étonnant à ce que se succèdent sur nos antennes des reportages alternant le meilleur (grands formats du 20 h de France 2) sur l’accueil des enfants en situation de handicap grave au sein d’une collectivité et un reportage sur la maltraitance « institutionnalisée » dans un (des) établissements dédiés à ces mêmes personnes.

« Sensationnalisme bi polaire » ou témoignage vérité d’une maman médiatique, jolie, perdue dans un méandre administratif qui la conduit dans le Var sur les conseils éclairés de son compère cathodique…que peut-on finalement retenir?

Incompétence de l’administration, inconséquence des professionnels, initiatives éparses qui « font envie » et ne font que renforcer le sentiment d’isolement voire de persécution de tous les exclus…finalement rien n’est dit du réel.

Un réel qui est essentiellement fait de tout ce qui n’est pas montré, sans doute trop banal, quotidien, pas assez sensationnel…

Les établissements sociaux et médico sociaux travaillent bien, avec leurs moyens, sans doute insuffisants eu égard à ce qui pourrait être entrepris, de plus, de mieux.

Chacun doit savoir que seuls 2 à 3% de ces structures sont maltraitantes.

La même proportion s’applique aux innovations.

C’est insupportable, certes, mais attention à ne pas stigmatiser l’ensemble d’un secteur et des corporations qui pour leur immense majorité font de leur mieux, dans les limites de ce que l’homme peut produire face à la vulnérabilité.

Les médias nous sont nécessaires, la question demeure de savoir en quoi cette inflation de « témoignages de l’extrême » servent ou déservent l’image, la représentation collective de ces situations de vulnérabilité.

Vous avez dit ambivalence… ?

Philippe GAUDON